Ce texte est une manière d’introduction à un livre à venir, consacré à une étude renouvelée du discours bazinien. Il dresse un bilan de l’exégèse bazinienne, en désigne les limites et propose quelques pistes méthodologiques pour répondre à une question inédite : comment Bazin est-il devenu Bazin ? Non pas : comment s’est construit le célèbre critique français, mais plutôt : comment est-il passé du statut d’un critique parmi d’autres à celui d’auteur d’un système de pensée ? L’enjeu est de comprendre les modalités d’apparition d’une reconnaissance, en postulant que pour que le discours bazinien ait été accepté, il fallait qu’il soit acceptable. Cette acceptabilité ne peut être saisie qu’en passant par une vaste étude des discours sur le cinéma, en France, entre 1945 et 1948. Ainsi le discours bazinien apparaîtra moins dans sa singularité (au contraire, il s’agit en quelque sorte de le désingulariser) que dans sa dimension de consensus, d’agrégat des paradoxes propres aux manières de penser le cinéma en un temps et en un lieu donnés. Ce texte se propose donc d’établir une typologie des discours sur le cinéma en France à cette époque, afin de voir comment le discours bazinien y prend place systématiquement, mieux que d’autres. Au final, il esquisse l’hypothèse que « Bazin » est le nom d’un rassemblement de discours en même temps que l’émergence d’une pensée nouvelle. Soit ce que Foucault appelle une « transformation ».
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